Les espoirs des Ecureuils du Bénin de sortir du terrible groupe B de la CAN-2008, où figurent également le Nigeria, la Côte d'Ivoire et le Mali, reposent en grande partie sur un buteur de 22 ans, Razak Omotoyossi, endurci par la filière des micro-championnats de l'Est (Moldavie) puis par son expérience dans le grand Nord, à Helsingborgs en Suède.
Omotoyossi n'est déjà plus un inconnu sur la scène européenne: il a fini co-meilleur buteur (6 buts) de la phase de poules de la Coupe de l'UEFA, avec son coéquipier Henrik Larsson et l'Italien du Bayern Munich Luca Toni, et meilleur buteur (14 buts) du Championnat de Suède, achevé fin octobre.
Mais que diable le Béninois alla-t-il faire en Moldavie, plus précisément dans la petite "république" autoproclamée pro-russe de Transnistrie? Simplement suivre l'une des tortueuses filières de migration des jeunes footballeurs africains.
"C'est parfois difficile pour les joueurs africains, les problèmes de contrats, d'argent", résume sobrement Omotoyossi, histoire de suggérer qu'il ne contrôla pas tout. Mais il ne regrette rien, car le football d'Europe, peu importe la région, l'attendait. Et comme prévu, il a rebondi.
"Comme un centre de formation"
"Même si je ne pouvais pas jouer de suite dans un grand championnat, je voulais partir, je savais que le temps passait", explique, dans un anglais trahissant ses origines nigérianes (né à Lagos, il y passa une partie de son enfance), le jeune homme révélé au Mondial 2005 des - de 20 ans aux Pays-Bas.
"Ce n'est pas bon pour un bon joueur africain de rester trop longtemps en Afrique", réfléchit le tonique et musclé attaquant, surnommé "le Taureau" dans ses années à la Jeunesse Sportive Pobé (Bénin) jusqu'en 2005, et aujourd'hui plus souvent "Omogoal", pour d"évidentes raisons.
Transnistrie, donc. Sa "capitale" Tiraspol, et son "Sheriff Tiraspol", club du puissant multi-millionnaire local Victor Gushan, sa demi-douzaine de jeunes joueurs africains, brésiliens, ses installations et son stade flambant neufs datant de 2002, qui font dire à Omotoyossi que "c'était comme un centre de formation".
Des histoires de cauchemar, de déprime, de racisme, circulent sur ces exils africains. Razak assure n'avoir pas eu de souci. "J'étais bien, les gens aimaient la façon dont je jouais". Et puis Tiraspol avait un atout majeur: systématique champion de Moldavie, il dispute chaque été le tour préliminaire de la Ligue des champions, vitrine sans égal pour un jeune Africain...
"Comme des frères avec Larsson"
Helsingborgs IF le repéra: club modeste mais surtout club de coeur de Larsson (ex-Celtic, Barcelone, Manchester), 36 ans et la classe intacte, venu y finir sa carrière. Pour parfaire son apprentissage, on fait pire.
"J'ai énormément appris à son contact. Et il a été super avec moi, humble et naturel", explique le jeune buteur. "Avec Henrik, on est comme des frères, hors du terrain j'apprécie sa compagnie, et en match, on se parle d'égal à égal. On fait ça? Non, frère, on fait plutôt ça!"
L'ascencion d'Omotoyossi, joueur physique, vif, pénible dans les duels pour le défenseur, a coïncidé avec la campagne du Bénin, qualifié sa deuxième Coupe d'Afrique (après 2004, éliminé au 1er tour), mais dans un groupe où figurent trois favoris de la CAN...
"Groupe de la Mort, ça ne veut rien dire, ce sont des mots! Ce qui compte, c'est le comportement sur le terrain, comment on joue, et en ce moment on joue bien" avec le Bénin, lance Omotoyossi, pour qui "tout peut arriver". Y compris dans sa carrière, qu'il verrait bien prendre une direction anglaise, voire française dans les semaines à venir. Une "happy end" pour un parcours sinueux, parti du Sud, vers l'Est, le Nord, et enfin l'Ouest, le vrai.
Source AFP