Fédération Béninoise de Football
Confédération Africaine de Football
FIFA
Issa Hayatou: La victoire collective de notre football
Issa Hayatou: La victoire collective de notre football

A quelques heures de la finale de la Coupe d'Afrique des Nations, Ghana 2008, le président de la Confédération africaine de football, Issa Hayatou, fait le bilan et tire les leçons pour l'avenir d'un football qui ne cesse de grandir. Lire

Monsieur le Président. Une CAN se termine. De l’avis général la qualité d’ensemble de la compétition a été d’un très bon niveau. Pourtant au début de l’épreuve on avait fait beaucoup de reproches aux organisateurs ghanéens. Ce sentiment d’impréparation correspondait-il à la réalité où à l’inquiétude légitime des délégations avant d’entrer dans une compétition.

Président Hayatou: J’ai eu une très longue expérience de la Coupe d’Afrique. Avant d’accéder à la présidence, j’ai été secrétaire général puis président de la fédération camerounaise. J’ai donc connu les deux aspects de la compétition, celle d’un pays participant et celle de président de la Confédération. Je n’ai pas souvenir d’une seule édition où il n’y ait eu des appréhensions, des interrogations sur la capacité de tel ou tel pays à mettre en place une organisation solide, professionnelle qui réponde à l’attente des équipes, des responsables de la CAF, des medias et de toute la famille du football africain. Plus nous avons avancé dans le temps et plus les difficultés se sont faites jour. Qui croyait, pour ne prendre que deux exemples, que le Burkina Faso et le Mali seraient aptes à organiser la CAN. Je me suis engagé personnellement. Jai avec le Comité exécutif fait confiance à ces deux pays. Ont-ils failli à leur engagement? Sûrement pas. Au contraire ils ont apporté la preuve qu’avec beaucoup de bonne volonté, du travail et de la détermination on pouvait gommer toutes les difficultés. Je n’ai jamais accepté que l’on dénie à quiconque le droit de se porter candidat à l’organisation de notre compétition. Notre devoir est de les y aider. Chacun a fait des efforts considérables, déployé une énergie inégalée pour nous offrir des conditions optimum.
Nous avons envoyé au Ghana de nombreuses missions d’inspection. Elles ont multiplié les rapports. Parfois nous avons eu des inquiétudes mais, au final, la CAN s’est déroulée dans de bonnes conditions. Ne me dites pas que nous n‘avons pas assisté à une grande Coupe. Reconnaissons au Ghana ses mérites. Ce pays s’est doté d’infrastructures pour l’avenir. Il a des stades comme il n’en avait jamais eu. Il a pris des engagements qu’il a respectés. Je n‘aime pas la polémique. Elle se révèle trop souvent stérile. Nos pays ne sont pas très riches. Ceux qui organisent la CAN font des sacrifices. Il ne faut jamais l’oublier. Le Ghana, cette année, comme tous ceux qui l’ont précédé.
Certains continuent de faire à la CAF toutes sortes de procès. Procès en ceci, procès en cela. Ne leur déplaise, nous allons de l’avant ce que personne ne peut nier. 

La CAN 2008 a, dans sa globalité, été placée sous le signe du fair-play. Pas beaucoup de cartons pour une compétition de ce niveau, quelques expulsions pour des actes contraires à l’esprit du jeu mais pas pour des actes de violence caractérisée. C’est pour tout le football africain un sujet de satisfaction.
Issa Hayatou: Vous me parlez de la compétition. A l’analyse, avec un peu de recul, les observateurs diront qu’elle a été une grande CAN. Tous les échos qui me sont parvenus vont dans ce sens. Nous avons accru notre audience un peu partout dans le monde. Je ne pouvais pas ouvrir une chaîne de télévision sans voir des images de notre compétition. Si nous avons gagné la bataille de la médiatisation et de la mondialisation, c’est que notre épreuve est devenue adulte, qu’on y joue un football de qualité. Je n’en veux pour preuve que les buts qui y ont été inscrits qui n’auraient pas dénaturés la Coupe du monde ou l’Euro. Je dois en rendre hommage aux joueurs qui ont disputé les rencontres sans réserve avec le désir de vaincre, en respectant leurs adversaires. La moyenne des cartons est tout à fait raisonnable. Il y a eu quelques exclusions pour des gestes plus stupides que méchants. Mais dans l’ensemble tous les acteurs ont fait honneur à leur équipe et au football africain. C’est une vraie source de satisfaction, un exemple pour tous nos jeunes. On ne doit jamais laisser de côté la valeur éducative du sport. Et il revient aux plus grands de nos artistes, ceux dont le nom brille chaque semaine au firmament des championnats européens, d’être des modèles. Je les en remercie . 

Les buts inscrits ont été parmi les plus spectaculaires de ces dernières années dans une CAN. Il semble que le joueur africain ose davantage qu’il ne le faisait avant. Cette mise en confiance provient-elle de la forte présence de joueurs évoluant, pour nombre d’entre eux, en Europe dans des championnats de haut niveau. 

Issa Hayatou:
Je suis heureux que vous me posiez la question. Je tiens, en effet, à rendre hommage à tous ceux, connus ou peu connus, qui ont participé à la compétition. Ils ont été les ambassadeurs de notre continent. Ils ont été animés d’une extraordinaire envie de donner le meilleur d’eux-mêmes, d’aller au bout de leurs forces dans des conditions climatiques particulièrement difficiles. Tous ces professionnels sont indispensables à notre épreuve. Il la valorise par leur talent, unanimement reconnu désormais. Par leur notoriété ils attirent les medias. Et aussi les agents avides de dénicher de nouvelles valeurs. Qu’on ne se raconte pas d’histoires, notre CAN est une magnifique vitrine. C’est la raison pour laquelle nous devons mettre à la disposition de notre élite les meilleures conditions de travail. Nous nous y efforçons même si ce n’est pas toujours facile. Je crois néanmoins qu’à chaque édition, il y a progrès. J’insiste, l’édition 2008 restera comme un grand cru de football. De l’intensité, des émotions, de grands moments d’enthousiasme. Des déceptions aussi pour les équipes qui se rêvaient championnes et qui ne le sont pas devenues. C’est la loi du sport. A la fin, il n’en reste qu’un.

Vous avez remarqué qu’en demi-finales il y a avait quatre équipes qui, à elles quatre, totalisaient quinze couronnes continentales. Chacun a eu sa chance et les formations réputées les pus faibles ont tenu la dragée haute à des adversaires dont la réputation n’était plus à faire. Si je prends l’exemple de la Namibie après un lourd échec contre le Maroc, elle s’est ressaisie, a mis en difficulté le pays organisateur avant de tenir en échec la Guinée. Le Bénin a joué crânement sa chance, lui aussi, comme il l’avait déjà fait en 2004. Et le Bénin était dans un groupe redoutable. Le Soudan n’a pas démérité en dépit de ses trois défaites. Il aurait mérité de marquer au moins une ou deux fois. Je suis convaincu que ces pays ont une réelle marge de progression. Cela indique une indéniable amélioration du football africain. Et c’est un encouragement pour tous ceux qui ont la volonté de voir les cinquante-trois pays de notre continent grandir ensemble. C’est une des missions fondamentales de la CAF. Aucun de ceux qui étaient au Ghana n’a usurpé sa place ». 

L’arbitrage a souvent été, en Afrique, un sujet qui fâche. Tel ne semble plus le cas.

Issa Hayatou: Avez-vous entendu la moindre critique à l’encontre de l’arbitrage?
Un de nos arbitres n’a pas hésité a accordé un penalty au Nigeria dans le quart de finale qui l’opposait au pays organisateur et, au cours d’une même match à expulser un défenseur ghanéen alors qu’il restait une demi-heure à jouer. On a salué son courage. Ce n’est pas le terme qui convient. On aurait dû mettre en avance sa compétence, son professionnalisme. Puisque vous m’en donnez la possibilité, je voudrais dire que si nous avons assisté à une belle CAN, nous leur devons aussi. Il est injuste de passer son temps à critiquer les arbitres africains. Eux aussi ont considérablement amélioré leur qualité de jeu. 

Un entraîneur africain et un entraîneur européen en finale, c’est une proportion qui rétablit la valeur des hommes de terrain africains. Au départ de l’épreuve, il y avait douze étrangers pour seulement quatre entraîneurs nationaux. Ne pensez-vous pas qu’il serait temps d’aider les entraîneurs africains à obtenir la reconnaissance que leurs qualités méritent.
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Cette affaire des entraîneurs n’est pas du ressort de la CAF. Il appartient à chaque association nationale de faire le choix qu’elle estime le plus légitime pour elle. Je sais que quatre pays, Angola, Egypte, Soudan et Zambie, sont arrivés au Ghana avec des entraîneurs nationaux. Les deux premiers n’avaient d’ailleurs pas jugé nécessaire d’en changer depuis la dernière CAN. Là aussi je pense qu’on va faire des progrès. Je le répète, la CAF ne doit pas s’immiscer dans le libre choix des uns et des autres. Elle ne serait pas dans son rôle. 

Est-ce que la CAN serait du, notre CAN est une magnifique vitrine même niveau si les Essien, Drogba Eto’o, Kanouté, n’y participaient pas.

Issa Hayatou: Ma réponse est évidemment non. Mais ils ne sont pas les seuls. Je crois avoir déjà répondu à cette question.
J’ai l’impression que vous voulez me ramener à l’affaire des Awards puisque c’est ce que j’ai pu lire dans les journaux. Il n’y a pas d’affaire Drogba. C’est un joueur au talent immense. Mais chacun doit comprendre que la CAF a pris des engagements avec des partenaires économiques qu’elle a l’obligation d’honorer. Ces derniers font de gros efforts pour contribuer au développement du football africain. Nous devons rester crédibles. Une des missions premières de la CAF est de faire respecter les règlements. Et puis la CAF, ce n’est pas le président Hayatou. C’est un comité exécutif composé de treize membres qui, après délibération, prend des décisions. Personnellement, je ne suis et ne serai jamais un homme de polémique. Le temps atténuera, j‘en suis convaincu, les incompréhensions. 

L’amélioration du football africain, encore perceptible au Ghana, peut-elle l’amener à concourir valablement pour le titre mondial en 2010.

rnIssa Hayatou: «Je me souviens que lors des années 80 on nous répétait souvent que le football africain était le football de demain, le football des années 2000. Nous avons pris un peu de retard sur les prédictions, plus en raison des problèmes économiques de notre continent que de la valeur intrinsèque de nos joueurs. Sur ce que j’ai vu au Ghana, j’ai bon espoir qu’on franchisse un palier dans deux ans. Mais on n’y parviendra qu’à force de travail, de sérieux et de rigueur. Demi-finaliste, finaliste, champion? Pourquoi pas. 

A quoi pensez-vous au soir de Ghana 2008

Issa Hayatou: A la victoire collective de notre football. Nous sortons grandis de cette première CAN du deuxième cinquantenaire de la CAF. Mais je pense d’abord à ce qui nous attend. Réussir tous ensemble la Coupe du monde en Afrique du Sud. Mener sur les fonts baptismaux le Championnat d’Afrique des Nations dont la première édition aura lieu en 2009. Conforter toutes nos autres épreuves. Revitaliser nos compétitions nationales. Renforcer nos acquis. Améliorer le fonctionnement de nos structures. Il faut constamment aller de l’avant. Nous avançons peut-être un peu moins vite que les autres, mais nous avançons à notre rythme. Et puis quand je vois l’attraction que représentent nos joueurs, je me dis que les meilleurs d’entre eux, d’où qu’ils viennent, continueront de susciter bien des convoitises. Notre atout, ce sont les qualités de nos joueurs et leur densité. Nos faiblesses sont d’ordre d’abord économique. 

Source
www.cafonline.com

  10/02/2008
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